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17 juin 2022

7 min

CDI part-time et freelance cumulés : le meilleur des deux mondes ?

Ça commence comme la chanson de Bioman… « Moitié homme, moitié robot ». Sauf que cette fois, il n’est pas question d’homme-robot, mais d’un autre genre d’être hybride : le FreelanSalarié.

Mi-salarié, mi-freelance, ce travailleur extraordinaire veut s’octroyer le meilleur des deux mondes. Gains financiers, sécurité, flexibilité, liberté, il cumule les superpouvoirs de ces deux statuts professionnels tout en accomplissant ses missions sans concession. À la croisée de deux univers autrefois opposés, cette créature hybride est parvenue à se faire sa place dans la galaxie travail.

Mais d’où vient ce phénomène étrange ? Que gagnent ces personnes à cumuler deux jobs ? Est-ce une manifestation unique ou risque-t-on de voir ce type de travailleurs ovnis se multiplier ? Assiste-t-on à une mutation de la société telle que l’employeur pourrait être amené à valoriser le 4/et les side-projects ? Expédition à la rencontre de ces travailleurs hors normes. 

Mi-free, Mi-CDI : le nouveau profil du travailleur hybride

Une tête de freelance, libre et autonome, sur un corps salarié… D’où vient cette mutation étrange ? Et comment expliquer l’apparition de ces centaures des temps modernes ? Pour Anaïs Georgelin, conférencière sur le future of work et fondatrice de Somanyways, « ce phénomène s’explique notamment par l’attrait croissant pour le sens au travail ». 

 « Aujourd’hui on ne veut plus de patron, ni de process lourd, analyse la conférencière. Les gens aspirent à plus d’autonomie et de liberté. » C’est vrai que depuis quelques années, le freelancing a la côte. Selon l’étude Freelancing in Europe, entre 2020 et 2021, le nombre de freelances inscrits sur la plateforme Malt a bondi de 39%. « Mais ce n’est pas si simple, nuance-t-elle, car l’expertise du freelance ne fait pas de lui un bon commercial. Or, il faut savoir se vendre et être capable de remplir son carnet de commandes pour vivre correctement de son activité en freelance. »

C’est pourquoi le ‘’FreelanSalarié’’ apparaît comme la voie du milieu. « Le cumul des deux statuts, reconnaît Anaïs Georgelin, est une manière d’expérimenter de nouvelles manières de travailler avant de se lancer éventuellement en freelance à plein temps. » Mais, en testant cette alternance audacieuse, certains y prennent goût. 

De plus en plus nombreux sont les travailleurs qui choisissent de conserver une double activité parce qu’ils y trouvent le juste équilibre qu'ils recherchent : la sécurité du salariat et la stimulation du freelancing. « La part des personnes qui cumulent ces statuts augmente, c’est certain, analyse l’experte. Elle va probablement continuer à croître dans les prochaines années. Pour autant, je ne crois pas que ce mode d’exercice va véritablement se démocratiser. À mon sens, il s’agit davantage d’un phénomène marginal. » 

Les supers-pouvoirs de ce double statut

À peine la journée de travail terminée, Annabelle, Louise, Sophie et Michaël quittent leurs habits de salariés pour enfiler le costume du freelance. Un changement de statut qui leur permet d’entrer dans une nouvelle dimension. Plus de plaisir, plus de challenges et plus d’argent, l’hybridation décuple leurs capacités.

Sophie est l’un de ces êtres hybrides. Elle jongle entre un CDI en marketing et un job de rédactrice en freelance. « En plus de la convivialité au travail, affirme-t-elle, mon CDI m’apporte une vraie stabilité financière. J’ai un dossier qui passe en banque, ce qui me permet de faire des projets et de payer mon loyer à la fin du mois. » Une vision que partage aussi Annabelle, Content Manager en CDI et journaliste en freelance. « En prenant ce CDI, j’avais la volonté de me sécuriser, confirme-t-elle. Je bénéficie maintenant d’une véritable protection sociale, d’un salaire important et je cotise à fond pour la retraite. » 

Sécurité, stabilité, que demander de plus ? Ajouter à ce CDI une activité en freelance, n’est-ce pas vouloir le beurre et l’argent du beurre ? Précisément, « ça met un peu de beurre dans les épinards », confie Louise, également Content Manager salariée et rédactrice freelance. Une activité en parallèle qui offre un joli complément de salaire à ces trois jeunes femmes. « Je ne le fais pas pour l’argent, mais c’est un bonus », affirme Annabelle. « Ça arrondit les fins de mois, c’est toujours ça en plus », reprend Sophie.

Alors, si ce n’est pas vraiment l’argent qui pousse ces salariées à adopter un statut hybride, qu’est-ce qui les motivent ? « L’idée, c’était de m’offrir le plaisir de piges plus élaborées », raconte Annabelle. « Ça m’offre la liberté de travailler sur d’autres sujets, la possibilité de me perfectionner et d’apprendre à gérer une entreprise, ajoute Sophie. Ça me sort du quotidien, j’ai le sentiment de me réinventer, c’est très enrichissant. » « J’ai diversifié mes missions, ça m’a aidé à renforcer mon parcours et mon expertise », complète Louise.

Michaël est lui aussi un adepte de l’hybridation. Depuis sept ans, il développe une activité de designer web en parallèle de ses études, puis de son CDI. « J’ai toujours conservé une activité freelance, c’est une respiration », avoue-t-il. Cet espace d’expression en parallèle de son CDI lui permet de travailler sur des projets passion, d’acquérir de nouvelles compétences et de se tenir informé sur l’actualité de son métier. « C’est un équilibre qui me convient très bien, poursuit-il. J’y trouve une véritable stimulation intellectuelle. »

Salariés en free : le combo gagnant pour l’entreprise

Il n’y a pas que le super-worker qui ressorte plus fort de cette hybridation. La société semble aussi avoir beaucoup à y gagner. Recruter un de ces salariés hybrides peut en effet constituer un puissant levier de croissance pour l’entreprise.

Acquérir de nouvelles compétences, rester à l’affût du marché, se mettre à la place du client… « Travailler en freelance est une super formation, résume Michaël, ça permet de sortir de sa zone de confort ». Annabelle est aussi de cet avis. Pour elle, garder un pied dans le freelancing est un challenge au quotidien. « Je n’ai jamais été aussi foisonnante d’idées, s’enthousiasme-t-elle. Je gagne en créativité, je développe mon réseau, je rencontre mes homologues, c’est hyper stimulant. » 

Et ce n’est pas Louise qui va les contredire : « travailler en freelance, c’est un incroyable moyen d’échanger des bonnes pratiques avec d’autres Content managers. Je suis confrontée à des manières de faire très différentes, c’est stimulant. » Quant à Sophie, elle voit ce cumul des fonctions comme un « cercle vertueux ». Selon elle, les employeurs ont tout intérêt à recruter ce type de profil. « Tout le monde est gagnant, assure-t-elle. Le salarié renforce ses compétences et l’entreprise, son expertise. Je pense que le recours à ces ressources hybrides va se démocratiser. »

Comme chez Tilkee où les salariés ont la liberté de travailler au 4/5ème et de prendre jusqu’à cinq semaines de congé sans solde pour développer une activité en freelance, certains employeurs ont décelé le potentiel de ces profils hors normes. C’est d’ailleurs, pour la plupart, avec la bénédiction de leurs employeurs que ces travailleurs hybrides développent leur activité freelance. 

Pour Annabelle, rien n’aurait été possible sans l’approbation de son employeur. « J’ai exposé ma situation dès l’entretien d’embauche et j’ai tout de suite demandé de travailler au 4/5ème pour me permettre de garder mes clients en freelance, raconte-t-elle. C’est un challenge permanent. Travailler en tant que pigiste me rend plus humble, plus crédible vis-à-vis de mon équipe. » 

L’employeur de Michaël voit aussi cette activité parallèle d’un bon œil et contribue à son développement. « C’est une formation gratuite et permanente pour moi, explique-t-il. Avec mon employeur, comme avec mes clients, je suis très transparent. Cela ne pose aucun problème. On se met d’accord sur le rythme et sur les créneaux consacrés à chaque activité. Je suis très autonome. »

Bas les masques : la face cachée de ce super-héros

Alors, verdict ? Chez les hybrides, tout va bien dans le meilleur des mondes ? Derrière ce cumul de statuts et les super-pouvoirs qui en ressortent se cache en fait une réalité plus complexe. 

Soyons honnête, aussi triste que cela puisse paraître, les super-héros, ça n’existe pas. Derrière l’apparence toute puissante et bodybuildée de ces créatures hybrides, se dissimulent quelques faiblesses. C’est là que le bas du costume de super-workers blesse. Allez, bas les masques ! On tombe la panoplie et la cape de héros. Une fois mis à nus, on s’aperçoit que non, l’hybridation n’a rien d’idyllique…

Annabelle a le « goût du challenge » et beaucoup de talent, à tel point qu’elle s’est un temps retrouvée à enchaîner les missions en freelance. « Je travaillais en mode abattage, déplore-t-elle. C’était difficile de mener autant de projets de front et de canaliser cette charge de travail sur 24 heures. » Souvent, après sa journée de boulot et une fois les enfants couchés, Annabelle rallume son ordinateur. « Je travaillais le soir, de 20 à 22 heures et les weekends. À la longue, c’était épuisant. »   

Un quotidien éprouvant auquel s’est également confrontée Sophie : « Je me suis parfois retrouvée à travailler soirs et weekends, reconnaît-elle. Il m’est arrivé de privilégier ma vie professionnelle sur ma vie personnelle. À ce moment-là, j’ai pensé : ‘’ce n’est pas une vie’’. J’ai été obligée de faire des concessions. » Cette hybridation est très prenante. « Il faut être très organisée et savoir travailler de manière intensive, conseille-t-elle. Il faut aussi être capable de dire non et faire preuve de transparence envers ses clients, sinon c’est l’impasse. »

Avec le recul, Annabelle a pu poser un diagnostic : « c’était surtout un problème de volume ». Aujourd’hui, elle n’a pas reproduit son erreur. Au 4/5dans sa nouvelle entreprise, elle n’accepte pas plus d’un ou deux clients. « Je ne retiens que la crème de la crème des piges, insiste-t-elle. Elle doit être bien payée, intéressante, proposée par un client avec qui j’ai tissé une relation de confiance et qui me garantit le moins d’allers-retours possibles. »

De son côté, Michaël a, semble-t-il, trouvé le bon équilibre. « Je ne me mets pas la corde au cou, résume-t-il. Ça doit rester un plaisir. » Pour y parvenir, il se fixe la même règle qu’Annabelle : n’accepter qu’une ou deux missions à la fois. Mais il a un autre secret : « je me suis aussi aperçu que travailler à plusieurs soulage la charge de travail », avoue-t-il. C’est ainsi qu’il a décidé de créer un collectif de freelances : « Memories ». Aujourd’hui, le collectif compte six membres aux « compétences pluridisciplinaires ». Une situation qui lui permet de choisir vraiment ses missions et de s’organiser sans stress. 

Au sein de son collectif, on ne trouve que des hydrides. Voilà peut-être l’avenir du travail. Pas un monde de cyborg, mais des collectifs de FreelanSalariés qui rassemblent leurs forces pour décupler leurs capacités et augmenter leur impact sur le marché. Moins de charge mentale, plus de projets stimulants, une meilleure rentabilité et « une offre de super qualité », voilà le vrai combo gagnant.

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Article édité par Paulina Jonquères d'Oriola

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