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28 juin 2022

6 min

5 astuces pour lutter contre le blurring, le brouillage des frontières entre vie pro et perso

Il n’est parfois pas simple de maintenir une frontière claire entre vie professionnelle et privée dans le freelancing. Pourtant le blurring impacte considérablement notre bien-être, notre santé et la qualité de notre vie sociale et relationnelle. Alors, à quoi est-il dû et comment lutter contre cette habitude toxique ? Voici 5 astuces pour retrouver un bon équilibre vie pro – vie perso.

Connaissez-vous le blurring, cette dilution de la vie pro et perso ?

L’hybridation du travail a engendré des changements de comportements dans notre façon de travailler. Vous l’avez sûrement remarqué, l’évolution du numérique et le télétravail notamment, ont fragilisé la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle : aujourd’hui, le travail s’invite facilement dans la sphère privée et inversement. On appelle cet effacement de frontière entre vie pro et vie perso le « blurring » (en français : flou, brouillage, estompement). Si de nombreux actifs y sont confrontés, les freelances peuvent difficilement y échapper dans la mesure où il leur incombe de gérer eux-mêmes les tâches qui, d’ordinaire en entreprise, appartiennent à d’autres services.

Comment maintenir une frontière claire entre vie pro et vie perso quand en plus de faire son travail, on doit aussi être son propre patron, son community manager, son prospect, son commercial, son comptable et son responsable marketing ? « It’s complicated, avoue Alexandra, coach en accompagnement professionnel à son compte depuis 2021. Je rouvre mon ordi tous les soirs après avoir couché ma fille. On a plusieurs casquettes. C’est un phénomène de contorsion car tu te retrouves sur tous les fronts. On peut facilement avoir l’illusion que le temps est infini et qu’on peut tout faire ».

Confusion entre travail et identité

Cet engagement parfois excessif du freelance vient du fait que son système de récompense et sa notion de performance sont directement liés au retour du client. Les enjeux financiers et personnels ne sont pas les mêmes que dans le salariat, où les travailleurs bénéficient d’un filtre hiérarchique. « La personne peut avoir un rapport au travail très confondu avec ce qu’elle est, explique Agnès Bonnet-Suard, psychologue du travail et cofondatrice de Therasens. Son travail représente ce qu’elle est. Il y a une atteinte narcissique plus importante ».

En somme, pour avoir une image satisfaisante d’eux-mêmes, les freelances peuvent parfois se fixer des objectifs irréalisables et aller au-delà de leurs limites pour tenter de les atteindre. Échouer peut alors engendrer un sentiment de culpabilité et impacter leur estime de soi. « Le fait de devoir déborder sans arrêt sur le temps de vie privée peut les amener à se demander s’ils sont suffisamment efficaces et performants, précise la psychologue. Ça suscite des doutes intérieurs, surtout si leur partenaire de vie leur fait remarquer. Ca vient renforcer le risque de se percevoir comme incompétent ». Et ce, même lorsque leurs attentes sont irrationnelles. 

A cela s’ajoute la peur du manque qui provoque un état constant d’anxiété anticipatoire. « T’es en apnée parce que t’as une espèce d’empilement de tâches à accomplir, notamment pour développer ton activité et trouver d’autres clients. Parce que quand ta mission se termine, t’es à poil », explique Alexandra. « Tu subis une pression financière vis-à-vis de la famille », appuie Hâny, consultant logistique en freelance également.

Le blurring, un vrai risque sanitaire et social

Pour ces raisons, le freelance s’inflige parfois une pression qui, au-delà d’être contre-productive, peut le pousser à déborder sur son temps personnel. Le brouillage de cette frontière entre vie pro et vie perso l’empêche alors de se reposer, de prendre du recul pour avoir les idées plus claires et de déconnecter. La charge mentale peut devenir si intense qu’elle peut engendrer du stress, de l’anxiété, des troubles du sommeil, des problèmes dermatologiques, des maux de tête, un épuisement professionnel et dans certains cas, un burn out. « Je fais 15 000 trucs à la fois, j’ai des palpitations, la respiration qui s’accélère, des réactions cutanées… », raconte Alexandra. Bien qu'imperceptibles au début, les effets délétères de cette hyperstimulation physique et mentale existent bien.

Les relations sont également impactées, car le blurring empêche la personne qui le subit de profiter pleinement du moment présent. « J’ai déjà vu des personnes qui, n’arrivant plus à fixer de frontière entre leur vie privée et leur vie perso, allaient jusqu’à se lever la nuit pour travailler en cachette de leur famille », raconte la psychologue. Cette hyperstimulation intellectuelle, physique et mentale va à l’encontre de la volonté première des freelances qui se sont généralement affranchis du salariat pour se sentir libres et mieux dans leur vie. Alors comment en finir avec le blurring ? 

5 astuces pour éviter le blurring

1 - En finir avec le mythe du multitâche 

Lutter contre le blurring implique déjà de prendre conscience des limites de notre cerveau pour déculpabiliser et nous témoigner plus de bienveillance. Car si le surmenage intellectuel est un aussi grand facteur de mal-être, c’est tout simplement parce que « notre cerveau n’est pas capable de mener plusieurs actions en même temps, explique Estelle Becuwe, activatrice de vitalité au travail. On fait nos courses en passant un appel professionnel, on surveille les devoirs des enfants avec notre ordinateur. C’est une énorme perte d’énergie pour le cerveau, qui va devoir switcher constamment d’une chose à une autre ».

Malgré les millions d’années d’évolution qui ont contribué à augmenter sa taille, et malgré qu’il nous permette aujourd’hui d’accomplir des choses extraordinaires comme parler, penser, agir ou imaginer, notre cerveau a ses limites. Il n’est pas conçu pour faire plus d’une chose à la fois, c’est pourquoi nous ne pouvons pas nous concentrer efficacement sur plusieurs tâches en même temps.  « Il faut détacher les actions les unes des autres, regrouper celles qui se ressemblent et prioriser, insiste Estelle Becuwe. J’invite les gens à s’interroger le matin : ‘Qu’est ce qui compte vraiment pour moi ou pour mon activité ? Quelles sont les priorités ?’ »

2 – S’engager auprès des autres pour s’imposer des coupures

Prioriser revient à faire preuve de discipline envers soi-même. Car contrairement au salariat où le temps de travail est naturellement interrompu par la nécessité d’aller chercher les enfants à l’école ou de rentrer chez soi, à son compte il est facile de se laisser aspirer par le travail. L’une des astuces pour s’imposer des coupures est de s’engager auprès des autres en prévoyant des sorties, des dîners, des apéros, des moments de convivialité qui obligent à sortir de chez soi. Ou à s’engager dans une activité comme un cours de sport, de dessin ou autres.

Fixez des rendez-vous qui vous font plaisir pour être sûr d’y aller et de déconnecter votre esprit du travail. « J’ai la limite naturelle de la famille, explique Alexandra, maman d’une petite fille. Avoir un enfant est une coupure naturelle, puisque je m’arrête de travailler pour aller la chercher à l’école et m’en occuper. Ce soir j’ai prévu d’aller boire un verre avec des amis, ça m’aide à couper de m’engager auprès des autres ». 

3 - La délocalisation du poste de travail

L’une des astuces pour s’imposer une coupure naturelle est également la délocalisation, même temporaire, du travail hors du domicile. Notamment pour réapprendre à délimiter les espaces de travail et de vie. Car instaurer une frontière géographique permet de poser un cadre concret et de recréer une frontière mentale. « Je travaille essentiellement chez moi, donc il n’y a pas vraiment de limite, raconte Hâny. Au début, je me suis dit que je serais performant, que je pourrais faire mon sport le matin et finalement, je pense que je suis moins productif chez moi. Je cherche un cowoking ». Car pour être organisé dans son travail, il faut avant tout l’être dans sa tête. « Dans un espace de coworking, je suis plus focus, mieux concentré, je ne suis pas distrait. Donc je suis plus efficace ».

4 – Faire le ménage dans son téléphone portable

Mais pour se réapproprier sa vie personnelle et gagner en tranquillité d’esprit, quelques petits ajustements sont également nécessaires dans son téléphone portable. Comme supprimer sa boîte mail pro pour limiter la tentation d’aller voir ce qu’il se passe du côté du travail. C’est une façon de reprendre le pouvoir sur son planning : le travail ne vole plus votre temps personnel, c’est vous qui choisissez le moment d’ouvrir votre ordinateur et de travailler.

Laura est social manager en freelance depuis peu. Comme beaucoup, la frontière entre sa vie pro et sa vie perso a été très fragilisée par sa nouvelle activité : « Les réseaux sociaux c’est un métier qui ne s’arrête jamais : les vacances, le jour, la nuit, les jours feriés… Au début, c'était dur de dire stop, mais j’ai appris à poser un cadre, explique-t-elle. J’ai une adresse pro que je ne mets pas sur mon téléphone, ni même la messagerie Teams. Il n’y a aucun lien avec mon client sur mon téléphone, ça me permet de déconnecter, sinon tu passes ton temps à lire des mails, c’est hyper anxiogène ».

Même chose avec les réseaux sociaux professionnels où chacun affiche ses succès et ses réussites, ce qui peut mettre une pression supplémentaire et accentuer le sentiment d'inefficacité. « Il est facile de penser que tout le monde fait plein de choses, avance tout le temps. Quand on regarde ce type de support, on se compare aux autres et ça peut donner le sentiment qu’on ne fait pas assez », confirme la psychologue Agnès Bonnet-Suard. 

5 – Revenir à soi et se recentrer

Enfin, la pratique d’une activité physique régulière, du yoga, de la méditation de pleine conscience ou même de la marche sont des outils précieux pour apaiser le mental. « Quand je sens que c’est trop, je coupe tout, avoue Audrey, coach en accompagnement professionnel à son compte. A ce moment-là, j’ai besoin de prendre l’air, de me connecter à la nature. Ma solution c’est d’aller courir ou marcher pour gérer le trop plein ». L’effacement de la frontière entre vie pro et vie perso prive l’esprit de repos. Or la conscience de soi permet de mieux se comprendre et de réajuster ce qui doit l’être.

Pour y parvenir, la méditation de pleine conscience est une pratique très efficace. « Il s’agit d’observer ce qu’il se passe à l’intérieur, précise Estelle Becuwe. On revient au corps grâce à la respiration et on observe les sensations dont on ne se rend pas compte quand on est dans l’action. Puis nos pensées comme si elles défilaient sur une toile de cinéma. On peut noter les émotions présentes, qui sont des sources d’information ». La méditation permet aussi de libérer de l’espace pour accueillir le renouveau. « On va pouvoir laisser la place à des pensées porteuses d’élan qui donnent de l’énergie, précise Estelle Becuwe. Certaines nous fatiguent, mais d’autres sont des boosters sur lesquelles on peut capitaliser ». A vous de jouer !

Article par Barbara Azaïs, édité par Paulina Jonquères d’Oriola

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