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27 juillet 2022

12 min

Freelances et grands groupes : le nouveau duo de choc

Alors que le freelancing est en plein essor (Eurostat a enregistré une croissance de 92% depuis 2009), les entreprises peuvent de moins en moins se passer de cette nouvelle force de travail. Dans le freelancing aussi, on parle aujourd’hui de guerre des talents ! Et si pendant longtemps, la collaboration entre les freelances, startups, TPE ou PME a semblé plus naturelle qu’avec les grands groupes, les choses évoluent à vitesse grand V.

Certains grands groupes comme Axa, BNP ou encore Decathlon figurent ainsi régulièrement sur le haut du podium des entreprises avec lesquelles il fait bon travailler lorsque l’on est freelance. Et pour cause : lorsque la collaboration est bien bordée, les freelances ont ainsi accès à des budgets encore plus élevés, et des missions passionnantes. Cependant, tous les grands groupes ne sont pas encore accoutumés à travailler de la sorte avec les freelances. Et tous ne connaissent pas encore le modèle du collectif. 

Dans cet article de notre experte Flavie Prevot, découvrez comment maximiser la relation entre ces deux acteurs qui ont tout pour mener à bien des projets de qualité !

Les grands groupes deviennent des partenaires privilégiés pour les freelances

De nouveaux usages pour les grands groupes

Les freelances et les grands groupes sont - de prime abord - deux entités différentes.

D’un côté, les grands groupes et leurs projets tentaculaires, des dizaines d’interlocuteurs à manager, des échéances longues, des budgets conséquents. De l’autre, un individu seul (dans l’hypothèse du freelancing solo), aux compétences données, qui ne peut absorber qu’une charge de travail fixe.

De plus, le freelancing est désormais le premier concurrent des grands groupes dans la guerre des talents. Les talents pénuriques ne quittent plus le navire pour rejoindre une meilleure crèmerie, mais pour se lancer à leur compte. Et si travailler avec des freelances, c’était indirectement se rendre la tâche plus difficile pour recruter demain des CDI ? 

Enfin, parce que peu de grands groupes ont déjà installé la fonction de Chief Freelance Officer -ce nouveau rôle dans l’entreprise qui permet de coordonner la force de travail liquide et indépendante qui composera la majorité des effectifs d’ici 2050. 

Dès lors, recruter, motiver, coordonner, payer tous ces individus deviennent autant de tâches chronophages qui incombent aux opérationnels et encombrent leur to do list, au lieu de les délester. Mais cette vision ne tient pas compte de nouveaux acteurs sur le marché du freelancing : les collectifs de freelances !

Le collectif de freelances : la voie de la réassurance

Pourtant, il existe un modèle pour rassurer les grands groupes tout en aidant les freelances à passer à l’échelle et à vivre durablement de leur entreprise : le collectif de freelances

Un modèle de plus en plus prisé par les indépendants, pour s’organiser (ex : remplacement de congé maternité), se spécialiser (ex : spécialisation fonctionnelle ou sectorielle) mais aussi s’entourer et se former (dans notre étude menée en 2021, la volonté de combattre la solitude est apparue comme la deuxième raison qui poussait les freelances à se mettre en collectif, après le gain de plus larges projets, ndlr).

Et une nouvelle proposition pour aider les grands groupes dans leur conduite du changement : plus experte que l’intérim, moins “self-service” que la plateforme de freelances, plus agile et plus compétitive que le modèle des agences ou des ESN, le collectif constitue une troisième voie qui semble bien adaptée aux besoins actuels des entreprises, comme me l’indiquait Pauline Trequesser, founder du collectif Cosme dans un épisode du Podcast Le Board, entreprendre bien entouré·e que j’avais enregistré avec elle. 

Alors, une grande histoire d’amour serait-elle en passe de naître entre les grands groupes et les collectifs de freelances? 

 

Collectifs et grands groupes : une histoire de culture organisationnelle

Contrairement à ce que la mythologie du freelancing et des grands groupes pourrait nous faire croire, les personnes qui composent ces deux types d’entités sont plus proches qu’on ne l’imagine. D’ailleurs, quand je suis passée de cadre dirigeante à head of sales freelance, j’ai été moi même très surprise. On me vendait dans les médias un freelance jeune (la vingtaine), créatif, digital et à casquette. J’ai rencontré des freelances trentenaires ou plus, pratiquant des horaires de bureau (c’est plus pratique quand on a des enfants !) qui ont développé des spécialités très sérieuses comme DAF externalisé ou product manager. 

Pour Vianney de Drouas, cofondateur de Collective, on ne peut d’ailleurs pas parler de choc des cultures. “Les collectifs sont constitués d’experts de leur domaine et les experts savent reconnaître les experts, peu importe la forme que revêt leur structure de travail”, plaide-t-il.

Et pour avoir passé plus de 13 ans dans les grands groupes, je suis bien placée pour dire que les motivations au travail sont les mêmes, quel que soit notre statut : avoir un travail intéressant, reconnu, qui a du sens et qui permet des intéractions de qualité, des envies qui ne s’arrêtent pas à la porte de l’open space ! 

Alors, qu’est-ce qui peut opposer les grands groupes et les collectifs de freelances, si leurs membres ou leurs salariés sont si proches?

C’est plutôt leur culture organisationnelle, c’est-à-dire la façon dont leur organisation fonctionne au quotidien : 

  • Verticalité vs. horizontalité : là où les grands groupes sont guidés par la verticalité de leur organisation, la gouvernance des collectifs est plutôt horizontale : les responsabilités sont données par degré d’implication, les décisions prises par le vote.

  • Fixité vs. fluidité : dans les grands groupes, les rôles et responsabilités sont souvent fixes, alors que dans un collectif, les missions sont réparties selon les disponibilités et expertises de chacun. 

  • Présentéisme vs asynchronicité : les grands groupes “possèdent” le temps de leurs salariés - et demandent donc à en avoir un usage maximal voire exclusif, là où les collectifs cherchent à obtenir un résultat probant en utilisant les ressources de la façon la plus optimale possible. 

Un point confirmé par Vianney : “Là où la friction peut exister, c’est plutôt dans les process que les grands groupes imposent lors de la sélection d’un prestataire et qui sont souvent lourds : référencement par les départements achat, contrats complexes rédigés par une armée de juristes, relation historique avec des fournisseurs qui peuvent concurrencer le collectif. Autant de problèmes administratifs auxquels Collective apporte une solution en s’occupant de la mise en relation, contractualisation et des paiements des collectifs avec les grands groupes ”.

Alors, maintenant que les solutions existent, que faire pour aller encore plus loin ?

Collectifs : comment coopérer au mieux avec les grands groupes? 

Du côté des collectifs, on pourra travailler sur trois actions principales  pour rassurer les grands groupes et les fidéliser.  

Conseil n°1 : cartographier et impliquer tous les acteurs 

Dans les grands groupes, il y a souvent beaucoup de personnes impliquées dans les décisions, ce qui peut rendre la conduite de projet complexe ou ralentir les avancées. “Il est essentiel de s’adapter au client qui a souvent une organisation en place qu’il n’est pas possible de trop bousculer. Il faut comprendre qui prend les décisions et comment elles sont prises, qui validera le travail effectué, comment les choses fonctionnaient historiquement, pour ne pas mettre ses interlocuteurs dans l'inconfort”, souligne Vianney.

Pour y remédier, le collectif pourra par exemple définir avec son client la liste des personnes impliquées et les modalités d’implications de chacun.

Du côté du collectif, préciser aussi qui sera impliqué et en quelle qualité, pour rassurer le client qui aura des interlocuteurs connus avec des expertises vérifiées. Par exemple, en faisant une page de présentation avec les biographies, les références et les contacts des freelances clés investis sur le dossier. 

Conseil n°2 : miser au maximum sur les reportings

Pour augmenter la confiance mais aussi la valeur perçue du travail réalisé, les collectifs ont tout intérêt à partager avec leurs clients grands groupe un reporting encore plus précis et régulier que d’habitude. 

Si possible écrit, par exemple un relevé de décisions après chaque réunion de cadrage du projet, pour faciliter le suivi côté client. Idéalement, de manière hebdomadaire, pour instaurer une relation de proximité, conserver un rythme de conduite de projet soutenu et anticiper les éventuels blocages à la réussite du projet.  

Et pourquoi pas asynchrone, en créant par exemple un channel Slack ou Teams dédié au client, ou un fichier partagé avec accès au suivi du projet. 

Le petit plus : faire preuve de pédagogie, en détaillant bien les étapes. Surtout sur les projets techniques, car le client, s’il fait appel à des talents externes, ne connaît pas forcément en détail toutes les étapes nécessaires à la réalisation du projet. 

Conseil n°3 : créer une culture et un vocabulaire communs

Pour une collaboration réussie, il faut un référentiel commun. Cela peut-être aussi simple que d’utiliser les mêmes outils que son client. Par exemple, Teams plutôt que Discord. Les grands groupes étant souvent contraints par leurs licences, il est plus facile au collectif de s’adapter que l’inverse. 

Ou bien encore, le même vocabulaire, qui peut varier d’un secteur d’activité à un autre, d’un pays à un autre. Par exemple, le client utilise-t-il le Français ou l’Anglais dans sa communication? Quels sont les mots clés ou les KPIs importants pour lui? 

Enfin, c’est aussi se créer des règles de vie partagées, comme par exemple des temps d’échange collectifs, ou des règles de communication (ex : utiliser un canal de communication dédié, répondre aux messages sous 2 jours). 

Le petit plus : prévoir un niveau de services VIP pour les grands groupes. Étant donné que leurs circuits de décision sont plus longs, leurs délais sont encore plus contraints pour l’exécution de leurs projets. “Les grands groupes ont des besoins en permanence et un travail bien exécuté peut donner lieu à une relation commerciale de long terme qui sera dans l’intérêt du collectif”, renchérit Vianney.

Grands groupes : comment mieux travailler avec un collectif de freelances?  

 

Du côté des grands groupes, on pourra travailler sur trois axes pour rendre sa collaboration avec un collectif de freelances encore plus efficiente : 

Conseil n°1 : limiter le nombre d’interlocuteurs pour accélérer la prise de décision

Avoir trop de personnes impliquées dans les réunions et les décisions pourra faire prendre du retard au projet, voire éloigner l’entreprise de ses objectifs.  

Par exemple, Marie Robin, cofondatrice de deux collectifs dans les domaines du social media et du web3, me racontait l’histoire d’un client grand compte qui souhaitait que la direction juridique valide tous les éléments de communication, y compris sur les médias sociaux. En conséquence, la marque ne pouvait pas utiliser les stories sur Instagram, malgré l’opportunité marché (marque de spiritueux festifs).  

Le petit plus : en tant que grand groupe, définissez une équipe de contributeurs restreinte et nommez un chef de projet qui sera décisionnaire pour valider les grandes orientations. 

Conseil n°2 : utiliser des outils asynchrones pour limiter la réunionite 

Maintenant que votre liste de décisionnaires est allégée, pensez à minimiser le nombre de réunions que vous organisez autour de votre projet. 

En effet, la réussite du projet repose sur la bonne allocation des ressources. L’objectif sera d’obtenir un résultat maximal pour un “temps homme” minimal, alors autant éviter de consommer la moitié de ce budget en réunions !

Idéalement, transformez l’essentiel de votre communication en communication asynchrone comme un canal Slack, une messagerie instantanée, ou un espace de travail partagé et collaboratif tel une page Notion. 

Si vous ne pouvez pas couper à la réunion, soyez précis dans son ordre du jour, pour que seules les personnes concernées soient présentes. 

Diminuez sa durée au maximum, par exemple 30 minutes au lieu d’une heure. 

Organisez-là en remote, pour minimiser les temps improductifs. 

Le petit plus : d’ailleurs, les entreprises qui acceptent que les missions soient réalisées en remote obtiennent généralement de meilleurs résultats, surtout si elles recherchent des talents pénuriques, comme par exemple des développeurs blockchain ou des designers 3D, très utiles à la conduite de projets NFT, comme l’explique Marie Robin du collectif Fleet, qui fait régulièrement travailler des freelances sur plusieurs fuseaux horaires au service de grands groupes français. 

Conseil n°3 : piloter aux résultats plutôt qu’aux moyens

Pour obtenir les meilleurs résultats possibles, soyez fermes sur vos objectifs et vos échéances mais souples sur les moyens de les atteindre. 

Vous faites appel aux experts du domaine : laissez-leur l’autonomie de déployer la meilleure stratégie pour obtenir les résultats que vous voulez. 

L’avantage de travailler avec un collectif d’experts externes à l’entreprise, c’est qu’ils n'hésitent pas à vous dire aussi ce qui ne va pas, même si ça ne vous fait pas plaisir. C’est l’avantage d’être business partners au lieu d’entretenir un lien de subordination! 

Le petit plus : d’ailleurs, laisser vos prestataires autonomes sur leur planning est une obligation pour éviter tout risque de requalification de prestations en salariat déguisé

Collectifs de freelances et grands groupes, l’équation gagnante !

 

Si coopérer avec les grands groupes apporte de nombreux avantages aux collectifs, comme la possibilité de travailler sur des projets d’envergure, une belle réputation, ou des revenus réguliers pour se développer, les entreprises, elles-aussi, profitent de cette relation. 

Avec les collectifs de freelances, elles facilitent leur gestion : paiement facilité (notamment avec la solution de paiement centralisée de Collective), interlocuteur unique, risque maîtrisé.

Avec les collectifs de freelances, elles développent plus d’agilité, pour se développer rapidement sur des marchés innovants. 

Avec les collectifs de freelances,  elles apprivoisent les nouveaux codes du futur du travail, pour améliorer la rétention de leurs collaborateurs en CDI : l’apprentissage du travail en remote, la responsabilisation des salariés, le management transversal, la gouvernance horizontale.

Avec les collectifs de freelances, elles participent à une plus juste répartition des richesses entre commanditaires et contributeurs, tout en rationalisant leur budget : moins de frais de structures à payer qu’avec une ESN, moins d’opacité qu’avec une agence. 

Et vous, quelle est votre expérience du travail avec un grand groupe ou avec un collectif de freelances ? 

Article par Flavie Prevot, édité par Paulina Jonquères d'Oriola

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