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27 juin 2022

12 min

Crypto krach vs crypto adoption : dirigeants, faut-il investir dans le web3 ?

Entre le crash de plusieurs projets crypto et la baisse des cours des principales crypto-monnaies (ETH, BTC), la crypto sphère vit des semaines d’effroi (le “bear market”). Pour les dirigeants, une question s’impose : doivent-ils continuer à chercher dans le web3 de nouveaux relais de croissance, ou au contraire, reporter leurs investissements ?


Dès lors, deux camps s’opposent. D’un côté, les crypto enthousiastes enjoignent la communauté à construire le futur de la tech sur les nouvelles fondations du web3 (“BUIDL”)* , rappelant que les marchés baissiers sont des moments opportuns pour investir à un faible coût, d’autant que le bear market aura fait le ménage entre les projets solides et les équipes opportunistes. 

De l’autre : les crypto-sceptiques qui ne voient dans le web3 qu’une bulle spéculative ou un effet de mode, sans réel impact business. Alors, quelle décision prendre en tant que dirigeant ? Reporter, ou accélérer? 

Faisons le tour des cas d’usage qui s’offrent à vous, les dirigeants, afin d’apporter un peu d’eau à votre crypto-moulin.

Le Web3, on y va ?

La bulle peut exploser, mais les tendances sont là pour durer

La plupart des comex, dirigeants et entrepreneurs se posent la question de la durabilité et de l’utilité du web3. Et on peut les comprendre, car les cryptos ont d’abord été connues du grand public comme un outil de spéculation, avant qu’on s’intéresse à leur utilité pour la société.  


Pourtant, ce qui promet une adoption imminente et massive de ces nouvelles technologies, ce n’est pas leur caractère futuriste, mais plutôt le fait qu’elles répondent à des besoins profonds de la société. 

L’identité : avec le temps que nous passons devant nos écrans, notre identité (et nos possessions) en ligne deviennent presque plus importantes que notre identité IRL. Avec les NFT, les consommateurs vont pouvoir afficher leurs préférences, leur soutien et profiter d’une expérience personnalisée, sécurisée et augmentée.

La transparence : les consommateurs sont las de consentir à la collecte et à la monétisation de leurs données, sans en percevoir de contrepartie financière. La décentralisation portée par la technologie blockchain permettra une meilleure répartition des profits entre créateurs, utilisateurs et plateformes. 

Le lien : dans un monde à la fois plus fragmenté (travail hybride, digital nomadisme, mondialisation) et plus communautaire, les serveurs Discord ou les DAO (Decentralized Autonomous Organizations) permettent et organisent les liens entre membres et rebattent les cartes de la coopération.

Le virtuel : travail en remote, streaming, gaming, relations en ligne, virtual shopping… le  temps que nous passons en ligne explose et avec lui la nécessité de développer de nouveaux espaces plus ergonomiques pour travailler, jouer, faire du sport, vivre. C’est la vocation des metaverses.

De nouveaux cas d’usages du web3 pour les entreprises 

A l’image des tendances fortes qui traversent la société, le web3 va aussi redessiner les contours des métiers dans l’entreprise et forcer les dirigeants à s’y intéresser rapidement. 

Au service client, on va devoir apprendre à fédérer des communautés, au lieu de gérer des audiences passives. Les clients ne seront plus simplement rois, ils seront également actionnaires, grâce aux NFT qu’ils détiennent, les NFT devenant en quelque sorte les “stock options” de la communauté. 

Au département data, la collecte de données ou encore la connaissance client vont évoluer, si les internautes se connectent à leur espace client via leur wallet, au lieu de leur compte Gmail ou Facebook. 

Au marketing, les clients seront segmentés différemment. On pourra les cibler par exemple en fonction des NFT qu’ils détiennent ou des communautés auxquelles ils appartiennent. On pourra également développer de nouveaux produits pour faire vivre la marque dans ces nouveaux espaces, comme des collectibles ou des wearables par exemple. 

Les autres fonctions support ne seront pas épargnées : des RH à la logistique, en passant par le juridique ou les finances, déjà très sollicitées par les implications fiscales des paiements en crypto-monnaies, ou les questions de la propriété intellectuelle des NFT. 

Quant à la direction générale, elle pourra s’inspirer des DAO pour adopter une gouvernance d’entreprise plus horizontale, plus partagée, plus transparente pour faire performer l’entreprise sur la durée et prendre l’avantage dans la guerre des talents. 

Dans quoi faut-il investir pour commencer ? 

Par où commencer, en matière d’investissement, quand on est dirigeant? 

1. Investir du temps

Se former, s'acculturer, se renseigner en tant que dirigeant... voilà les toutes premières étapes à suivre. En diversifiant ses sources d’information et son réseau, pour y intégrer une dimension web3.

En lisant des médias spécialisés comme Cryptoast ou The Big Whale ou en écoutant par exemple des podcasts français qui vulgarisent le web3, comme Silicon Carne. Ou même en lisant la presse “classique”, puisque de nombreux médias d’info ont désormais leur verticale crypto, comme 20 Mint de 20 minutes ou BFM Crypto

Autre option : prendre des cafés virtuels ou réels avec des expert·es du sujet. Car dans cet univers, les rencontres sont une source de formation et d’information essentielle.

2. Investir en formation

Cette étape est cruciale pour former et acculturer ses équipes et les préparer aux changements en douceur. 

On pourra commencer par organiser un talk, un webinar, ou un petit déjeuner thématique avec un·e expert·e. 

Prévoir ensuite une formation “débutant” pour acculturer son équipe au vocabulaire, aux tendances et aux actualités du secteur.

Puis un séminaire pour fixer avec son codir, son comex ou son équipe de cadres, la stratégie de développement web3 de l’entreprise.  

Enfin, envisager une formation dédiée aux différents métiers clés de l’entreprise : CFO, CMO, Supply chain, product, événementiel etc. 

En bonus : un hackathon pour mobiliser toute l’entreprise (ou un service dédié) à la création de produit comme relais de croissance ou pour favoriser l’adoption de la culture, qui est, dans ce domaine, presque aussi importante que les technologies. 

Car comme me l’indique Marie Robin, créatrice du collectif Fleet dont je suis membre, le collectif qui aide les dirigeants à embarquer dans le web3 : “la formation est essentielle pour susciter l’adhésion des collaborateurs. Mais pour comprendre, il faut expérimenter par soi même. On découvre parfois des cas d’usage insoupçonnés”. 

3. Investir dans du conseil

Investir dans du conseil est primordial avant d’engager de lourds investissements. Les dirigeants peuvent se faire conseiller par des expert·es ou des collectifs qui ont déjà monté des projets web3 réussis, pour prioriser et organiser leur action et ne pas succomber au syndrome de l’objet brillant, à savoir avoir de la blockchain pour de la blockchain, sans savoir si cela servira vraiment les intérêts de l’entreprise. 

En effet, le web3 peut être employé pour de multiples usages, comme en témoignent mes invités sur le podcast Fleet, embarquement immédiat pour le web3, qu’il s’agisse de founders de projets web3 ou de dirigeants d’ETI ou grand groupes. Voici donc quelques exemples d’usage : 

 

-Créer un nouveau produit, une nouvelle activité, un relais de croissance : comme les “wearables” dans les mondes virtuels pour les marques de mode. Comme l’indique François-Henri Pinault PDG du groupe Kering lors de la présentation des résultats annuels en février dernier : “dans les pays plus avancés comme les États-Unis, nous sommes déjà à 23% de ventes en digital, à plus de 26% en Europe (...) Globalement nous pourrons aller à 30-35% du marché qui se fera en ligne. Et cela pourrait être beaucoup plus avec le Web3 si se développent des produits et des services virtuels." Des chiffres qui l’incitent à adopter une posture offensive sur le sujet du web3 : “plutôt que d'être dans le wait & see, qui est souvent la posture dans l'industrie du luxe, il faut être dans le test & learn” (source : Fashion Network

-Développer son activité événementielle, en interne ou en externe : via les NFT, qui pourront être utiles pour la billetterie, ou via les metaverses, qui pourront être de nouveaux espaces de rencontre.

-Réaliser des gains de productivité : en recrutant ou en formant ses équipes dans le metaverse par exemple, comme chez Carrefour

-Développer de nouveaux usages : les entreprises pourront par exemple utiliser les NFT POAP, "Proof Of Attendance Protocol", le NFT qui récompense votre présence à un événement pour certifier les compétences des collaborateurs à l’issue d’une formation. Ou les “soul bound tokens” des NFT non transférables qui pourront attester des diplômes ou encore d’une expérience professionnelle.  Ou encore faciliter la recharge des véhicules professionnels électriques via la blockchain. De nombreux cas d’usage restent à inventer !

-Créer du lien avec ses différentes parties prenantes, en utilisant les méthodes de gouvernance et la culture web 3 pour gamifier son management, par exemple en attribuant des rôles à chacun ou en créant des squads, ou encore des espaces partenaires où les collaborateurs pourront échanger en direct avec les clients ou les fournisseurs

-Faire évoluer sa gouvernance : en utilisant les principes des tokenomics ou des DAO.  

4. Investir pour se doter d’outils ou recruter des talents web3

Une fois la stratégie déterminée, les dirigeants y verront plus clair dans les investissements à réaliser. 

Une partie sera consacrée aux outils : stack d’outils pour lancer ses NFT, logiciels web3 (Discord…), cybersécurité.

Une autre, au recrutement des talents web3 nécessaires pour porter les projets, en freelance, collectif de freelances ou en agence pour les compétences rares, pénuriques ou les besoins ponctuels, comme par exemple l’équipe de création d’une collection NFT. Ou en interne pour les compétences plus permanentes, comme par exemple un Discord Manager pour animer sa communauté. 

Quelle stratégie web3 adopter en fonction de la taille de mon entreprise ? 

Toutes les structures d’entreprise ont intérêt à s’intéresser au web3 pour prendre de l’avance sur leur marché. 

Les freelances peuvent déjà se former et se spécialiser pour intégrer les compétences pénuriques du marché. Par exemple, embarquer la 3D en tant que designer. Ou l’outil Discord en tant que community manager, ou de nouveaux langages comme Solidity en tant que développeur.

De nouveaux métiers et de nouvelles opportunités à découvrir dans la mini-série de podcasts que j’avais enregistrée sur ce thème :  

Les PME-ETI pourront profiter de ces technologies pour accélérer leur digitalisation et même prendre de l’avance sur leur marché, en passant pour certaines directement du Web1 au Web3. Par exemple, en intégrant la connexion “wallet connect” dans le cahier des charges de leur futur site Internet. Ou en construisant rapidement une communauté de clients actifs, via les NFT et Discord, plutôt qu’une audience passive sur les réseaux sociaux comme Instagram, de plus en plus coûteux et de moins en moins ROI-stes. 

Celles qui intégreront cette dimension rapidement seront peut-être les futurs leaders de leur secteur, à l’image des licornes du mobile banking, qui avaient court-circuité la bancarisation “classique” pour proposer aux clients des échanges monétaires directement par SMS.

Du côté des start-up, la tendance sera à la création de projets web3 natifs, notamment pour récupérer une partie des fonds disponibles, alors qu’un vent d’austérité souffle sur la tech .

Mais pour les autres, ça ne veut pas dire qu’il ne faudra pas s’en soucier : même si on n’est pas une start-up basée sur la technologie blockchain, les technologies web3 pourront être utiles pour bâtir et engager une communauté, lever des fonds différemment, ou améliorer ses process internes. 

Et pour les grands groupe, la transition web3 sera-t-elle plus facile ? L’avantage des grands groupes réside dans leurs capacités financières, qui leur permettent de rapidement mener des projets d’envergure et de produire des innovations de rupture, avec des expert·es à la pointe du domaine, comme Nike avec le studio RTFK (prononcer “artefact”).

L’inconvénient? Les risques d’image qu’ils encourent, si le projet n’est pas soigné, ou aligné avec leur raison d’être. Un sujet par exemple pourra être de choisir une blockchain à faible impact, comme Tezos ou Polygon, pour ne pas télescoper les engagements RSE de l’entreprise. 

L’autre risque ? Le manque d’adhésion des collaborateurs si les entreprises ne consacrent pas suffisamment de temps à l'acculturation ou à la formation de leurs équipes, puis au recrutement et à la fidélisation de futurs talents du Web3. 

Maintenant que vous avez des éléments de réflexion pour choisir ou non d’appuyer sur la touche 3, faites-le donc dans les règles de l’art. A bon entendeur !

Envie de vous lancer ? Découvrez les projets WEB3 de nos collectifs :  

https://www.collective.work/collectifs/web3-experts

https://www.collective.work/collectifs/blockness

https://www.collective.work/collectifs/web3-mvp-squad

https://www.collective.work/collectifs/nether-labs

A propos de l’autrice : 
Flavie Prévot est une ancienne cadre dirigeante en grands groupes, spécialiste du business développement, de la vente grands comptes et du web3, podcasteuse et membre du collectif Fleet, un collectif regroupant +250 freelances internationaux pour former et accompagner les entreprises dans leur conquête du Web3.

*BUILD : terme populaire dans la crypto sphère pour désigner l'effort de construire collectivement cet espace et de prendre part activement au développement des projets crypto

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